Archéologie
de la Syrie
Il n'est pas exagéré de dire que la Syrie occupe une place unique dans l'histoire de l'humanité. En effet, elle a été le siège principal d'une présence humaine continue, intense et diversifiée, comme le prouvent les fouilles effectuées dans toutes les régions et qui couvrent toutes les époques.
Il y a un million d'années, au début du Paléolithique intérieur, l'homme arrive en Syrie venant d'Afrique (traces dans le bassin du Nahr el-Kebir, dans le bassin de l'Oronte).
Il y a 500 000 ans, la Syrie se peuple de manière plus dense : les sites, les outils et les armes se diversifient et se développent. Pour la première fois, les hommes habitent des cabanes simples, ils connaissent le feu (sites de Latamoé dans la vallée de l'Oronte).
Il y a 400 000 ans, les premiers habitants de la Syrie migrent vers l'intérieur et atteignent l'Euphrate en traversant la région du Kôm, région de passages migratoires intenses au cur du désert syrien.
Il y a 150 000 ans, s'introduisent en Syrie des populations nouvelles qui donnent naissance à de nombreuses civilisations coexistant dans l'espace et dans le temps, mais fondamentalement différentes entre elles.
Il y a environ 100 000 ans, pendant le Paléolithique moyen, apparaît en Syrie et dans la région, l'Homme de Néanderthal. Ses habitations ne sont plus seulement à ciel ouvert, mais il se sert de grottes et d'abris sous rocher (grottes de la vallée de l'Atrirt squelettes néanderthaliens).
Il y a 40 000 ans, à l'époque du Paléolithique supérieur, l'Homme de Néanderthal disparaît pour faire place à l'Homo sapiens.
Vers 12 000 avant J.C., commence la période transitoire du Mésolithique. A cette époque apparaît d'abord la civilisation des Kéhariens, des chasseurs cueilleurs qui perfectionnent leur mode de vie en fabriquant les premiers outils (trouvés surtout dans la vallée de l'Euphrate et la région d'el-Kowm).
Au Xe millénaire avant J.C., apparaissent les Natoutiens. Ce sont des peuples semi-sédentaires qui fondent les premiers villages chasseurs. Ils utilisent des outils lourds en basalte et connaissent les arts et les croyances (sites de Mureybet, Abu Hureyra dans la vallée de l'Euphrate).
Au début du VIIIe millénaire avant J.C., au Néolithique, apparaissent les villages des premiers agriculteurs qui cultivent le blé et l'orge, et domestiquent les chèvres, les moutons et les bufs. Leurs vestiges découverts dans les dizaines de collines démontrent tous l'existence d'une société autant matérielle que spirituelle, pratiquant pour la première fois des cultes durables comme le calte du taureau, de la déesse mère et des ancêtres.
Au début du VIe millénaire avant J.C., la Syrie connaît les récipients en céramique. Cette invention est considérée comme étant l'un des critères déterminants pour l'identification des peuples et des civilisations.
Aux Ve et IVe millénaires avant J.C., s'épanouissent les civilisations de Halai et d'Obeid, célèbres pour leurs céramiques et leurs croyances sophistiquées.
Au IVe millénaire avant J.C., la Syrie conclut sa période préhistorique par l'époque urbaine. A cette période se fondent des colonies peuplées, constituant les noyaux des premières villes. Ces villes connaissent autour de leurs temples et dans leurs rues une activité commerciale intense (Tell Qannas, Habuba Kabira, Djehel Aruda dans les bassin de l'Euphrate ; Tell brak dans la Djéziré). On y retrouve des écritures pictographiques marquant la fin de la période préhistorique.
Au début du IIIe millénaire avant J.C., la Syrie entre dans la première période de l'Antiquité (Tell Khuera dans la Djéziré est considéré comme l'un des hauts lieux de cette époque. Ses vestiges démontrent qu'elle a été construite dans un style pur, authentiquement syrien : en témoignent les temples à antes, servant de modèle pour les temples syriens des époques suivantes).
La ville de Mari sur l'Euphrate révèle une importance géographique et culturelle particulière dans son emplacement entre la Mesopotanie et les Bilad al-Sham. Elle connaît son apogée vers le XXVe siècle avant J.C. Les habitants écrivaient en caractères sunéro-cunéiformes leur langue proche de l'akkadien: et l'étude des fouilles témoignent du rayonnement de cette ville et de sa prépondérance politique, culturelle et commerciale. On y trouva le trésor d'Or contenant une série de statues en ivoire et en métaux précieux, ainsi que des perles et de lapis-laxuli d'une importance particulière. Un ensemble de temples dédiés aux dieux importants: Daran, Ninni-zaza, Niohorsag-Ishtarat, Ziggurat, côtoient le palais du IIIe millénaires à Mari. C'est dans ces temples que l'on a trouvé les chefs-d'uvre de l'Antiquité syrienne. Mari est restée prospère jusqu'à 2 400 avant J.C. Apparaît alors l'Empire akkadien qui, sous le commandement du roi Sargon, soumet tous les royaumes de l'Orient antique et les unifie pour la première fois en un seul État. Avec le déclin de Mari, un autre royaume gagne en importance à l'Est : celui d'Ebla, dont les vestiges sont découverts au sud d'Alep sous les décombres de Tell Mardikh. Ce royaume connaît une première période de prospérité durant les XXIVe et XXIIe siècles avant J.C. Son influence politique atteint le Centre et le Nord de la Syrie, alors que son rayonnement culturel et commercial s'étend jusqu'en Mésopotamie, Anatolie et Égypte. On y découvrit le palais G, qui représente avec ses escaliers, ses antes et ses tours un des modèles de référence dans l'édification des palais syriens de cette époque. En outre, on trouva de nombreuses archives en langue éblaïte, proche des langues akkadienne et canaanéenne, en caractères sumérocuntiformes, dont l'importance était telle qu'elle nécessite des chercheurs une réevalution du rôle de la Syrie dans l'histoire de l'Orient antique.
A la fin du IIIe millénaire avant J.C., l'Orient antique vit une période perturbée due à des peuples venus du Nord : les Amorites, qui contribuèrent à la chute du royaume d'Or III en Mésopatamie. Ils ont dominé la scène politique tout au long de la première partie du IIe millénaire avant J.C.
A partir du XVIIe siècle avant J.C., Babylone, sous le règne de Hammurabi, fonde le IIe Empire après l'Empire de Sargon Ier. A cette même époque, dans l'ensemble du territoire syrien se créent des royaumes amorites, de force et de puissance inégales. Les royaumes d'Ebla et de Mari atteignent une ère de prospérité nouvelle. Ebla est une ville fortifiée qui abrite un grand nombre de constructions : le temple D, le temple N, le temple B, le temple B1, le palais Q, le palais E, les tombeaux royaux qui cachaient des chefs-d'uvre et de bijoux parmi les plus rares de la région. Mari connaît une renaissance après la domination du roi assyrien Shamshi-Adad. La ville devient alors, grâce à ses grands rois, notamment Zimri-Lim, un royaume à grand rayonnement politique et culturel. Ce rayonnement est illustré par le palais royal de Zimri-Lim, ses peintures murales, ses archives, et les statues, en particulier celle de la "déesse au vase jaillissant", les sceaux et les récipients. De nouveaux pouvoirs s'instaurent à partir de la seconde moitié du IIe millénaire. Ce sont les Kassites et Hurrites.
Vers le milieu du XVe siècle avant J.C., une autre puissance émerge en Anatalie: les Hittites qui réussissent à envahir les royaumes amorites à partir d'Alep au nord jusqu'à Babylone au sud. Ils tondent alors un empire puissant dont le pouvoir s'étend de façon inégale sur les différents royaumes syriens: ainsi alors que le royaume de Djérablus Kashémish se trouve assujetti aux Hillites et devient lieu de résidence du vice-gouverneur hittite, au royaume d'Emar s'établit une sorte d'équilibre syro-hittite. Quant à Ugarit, sur le littoral, elle conserve son indépendance et continue à jouer un rôle unique malgré l'influence des civilisations avoisinantes assyrienne, hittite, égyptienne et grecque. Les vestiges de cette époque trouvés à Ugarit sont trop nombreux pour les énumérer tous, mais je citerai à titre d'exemple ses trois grands palais : le palais royal, le palais sud et le palais nord, ses deux temples : le temple de Dagan et le temple de Ba'al, sans oublier ses tombeaux, ses quartiers résidentiels et populaires, ses statues, ses céramiques, et surtout ses riches archives en babylonien, en hurrite, en hittite, en égyptien, en grec et en ougaritique, premier alphabet de l'histoire.
Au début du XVIIe siècle avant J.C., les textes relatent l'histoire d'envahisseurs venant du nord, les Peuples de la mer, qui attaquent la Syrie et envahissent de nombreux royaumes du littoral, dont Ugarit, pour arriver jusqu'aux frontières de l'Égypte.Au début du Xe siècle, les Araméens érigèrent et placèrent leurs princes à la tête de plusieurs royaumes. L'araméen n'était pas uniquement une langue parlée au quotidien, mais elle devint la langue de la littérature, de la religion et de la politique. L'utilisation de l'alphabet araméen devint alors beaucoup plus répandue que l'utilisation de l'écriture cunéiforme.La Syrie devint plus que jamais le lieu de convergence des peuples et civilisations dont elle s'imprègne, tout en forgeant comme à chaque fois, son propre modèle de civilisation qui caractérise les royaumes araméens entre la Mésopotamie, la Syrie et l'Anatolie.Les fouilles de Guzana (Tell l falat) donnent une image fidèle de la civilisation araméenne. On y a découvert les vestiges d'un palais construit selon le modèle syrien authentique : Bit Hilani. Le palais est constitué d'une entrée impressionnante à façade soutenue par des colonnes en forme d'animaux et d'êtres humains. Elle s'ouvre sur une grande salle au cur du palais qui constitue le centre de son activité. Les murs et les grilles sont couverts d'orthostates aux scènes variées.A la même époque apparaît le Nouvel Empire assyrien, dirigé par des chefs ambitieux, Ils envahissent des terres à l'Est et l'Ouest et soumettent les royaumes araméens les uns après les autres comme l'indiquent les annales assyriens et les découvertes archéologiques. Parmis ces découvertes, nous pouvons citer notamment les palais édifiés selon le modèle assyrien à til Barsib (Tell Ahmar) et à Hadate (Arslan Tashi dans la Djéziré). A cette même époque, les Arabes sont cités dans les textes à la suite de leur installation dans la région de Hauran et dans le sud de la Syrie.Ils jouent alors un rôle dans les conflits de la région, car ils participent à la bataille de Qarqar dans la plaine du Ghab, soutenant certains royaumes syriens contre le roi assyrien Salmanazar III. De plus, il est fait référence à eux dans les textes comme commerçant, éleveurs de chameaux, ainsi que comme ennemis dangereux des Asseriens.
A la fin du XIIe siècle avant J.C. (612), le Nouvel Empire assyrien avec sa capitale Ninive s'étendre à la suite d'attaques de tribus chaldéennes. La Syrie est soumise à son tour à l'impire néo-habvlenien qui atteint son apogée avec son grand roi Nabuchadonasar. Les perses achéminides sont à l'origine de la chute de l'Empire néobabylonien en 619 avant J.C. Ainsi débute une nouvelle époque où l'Orient est soumis a une force étrangère sans que cela n'altère pour autant l'authenticité de ses civilisations.Les Perses édifient un empire immense divisé en départements (satrapies, La Syrie et la Mésopotanie en font partie tout en conservant un certain degré d'autonomie) L'araméen devient la langue officielle de l'empire. Des courants culturels communs vont se lisser, dont témoigne le site d'Amrit sur la côte syrienne, où les influences égyptienne, perse et grecque sont intégrées dans un modèle syrien authentique.
Au IVe siècle avant J.C., une nouvelle puissance venue de Grèce se dirige sur l'Orient. Alexandre le Grand envahit l'Empire perse et pénètre en Syrie à la suite de la bataille d'Issos en 333 avant J.C. Après la mort d'Alexandre le Grand, la Syrie tombe aux mains de Séleucos 1, qui fait Antioche sa capitale. Le Séleucides entreprennent de grands travaux de construction et érigent de nombreuses villes: Antioche, Laodicée, Apamée, Séleucie, Dura-Europos, etc. L'architecture de ces villes illustre sous un nouvel aspect la rencontre de l'Orient et de l'Occident avec un renouvellement dans le fond et dans la forme. On produit des oeuvres d'art telles les statues des dieux, les statues en céramique et en métal, les bijoux et les verreries etc. Les Séleucides mènent un dur combat contre les Parches à l'est et contre Rome à l'ouest. Ce combat se solde par l'occupation de la Syrie par le chef romain Pompée en 64 avant J.C. Antioche demeure la capitale, et les royaumes syriens jouissent d'une grande autonomie.
Au IIe siècle après J.C., et après l'apparition de la dynastie sévérienne ,l'influence des Syriens s'accroît : vers le milieu du IIIe siècle après J.C., Rome a comme empereur Philippe l'Arabe. A cette même époque, la puissance du royaume arabe de Palmyre grandit.
Dès le début du IIIe siècle, Palmyre résiste aux Sassanides qui ont succédé aux Parches en Perse, menaçant ainsi l'Empire romain. Le Sénat de Rome nomme le roi de Palmyre Odainat chef de l'Orient - Dux Orientis - Après son assassinat, Zénobie, sa femme, lui succède. Sous son règne, Palmyre atteint son apogée et domine l'Anatolie, l'Égypte et le nord de la péninsule Arabique, Palmyre sort victorieux d'une série de batailles contre Rome avant sa capitulation devant Aurèlien et l'emprisonnement de Zénobie en 222 après J.C. La force politique de Palmyre s'éteint, mais elle garde un rayonnement culturel et économique. Les vestiges de cette époque sont innombrables et dispersés dans toute la Syrie : Palmyre, Dura-Eumpos, Lattaquié, Antioche, Homs, Hama, Alep, Afamia, Hauran, Bosra, Shahba, etc. On érige, par ailleurs, des villes fortifiées, coupées par des rues droites et ornées par des antes, des portes luxueuses, des arcs, sans parler des temples, des amphithéâtres, des thermes, des citernes, des puits et des agora. Un épanouissement des arts, et en particulier la sculpture, les fresques représentant des scènes de la vie quotidienne (Oura-Europos, Palmyre), l'art de la mosaïque illustrant des scènes religieuses et profanes et que l'artisan syrien maîtrise mieux que tout autre. Malgré les influences externes, des écoles locales se développent en Syrie, dont la plus renommée est l'école de Palmyre avec ses sculptures de banquets funéraires et de caravanes de chameaux, ainsi que les écoles de Manbej (Hiéropolis), Dura-Europos et Lattaquié, chacune se distinguant par des caractéristiques qui lui sont propres.
A la fin du IVe siècle, le Christianisme s'impose définitivement. L'Empire romain se divise en Empire d'Occident et en Empire d'Orient ayant Byzance comme capitale. La Syrie est rattachée à ce dernier. Elle vit, durant son époque byzantine, une ère de stabilité pendant laquelle l'architecture et les différentes autres formes d'art s'épanouissent comme le prouvent les dizaines de villes avec leurs églises et leurs divers établissements culturels et économiques qui s'étendent de Sergiopolis à l'est jusqu'à Qal'at Seman et la région du Massif calcaire à l'Ouest. Cette période donne naissance à des créations syriennes avec une influence gréco-romaine.
Aux VIe et VIIe siècles, la région connaît des guerres, des épidémies et des conflits religieux affaiblissant l'Empire byzantin. Parallèlement, la domination de l'Islam marque un tournant décisif de l'histoire. La rencontre entre les civilisations y atteint son apogée. A partir de l'an 636, dès l'apparition de l'Islam, la Syrie est gouvernée par les califes, puis Mu'awiya ibn Sufyan fonde l'Empire omeyyade avec Damas comme capitale, qui connaît alors une renaissance administrative, politique, sociale, urbaine et architecturale dont il nous reste de magnifiques mosquées, lieu de prières de miliers de musulmans. La plus importante est la mosquée des Omeyyades, achevée en 715 et dont les ornements servirent comme modèle non seulement aux mosquées de l'Orient, mais aussi à celles de l'Espagne musulmane. La grandeur ameyyade se concrétisa également dans la construction des palais dont on retrouve deux exemples dans le désert syrien: Qasr al-Hayr al-sharki et Qasr al-Hayr al-garbi.
Au milieu du VIIe siècle, l'Empire Abbassine avec Bagdad comme capital, innove une nouvelle ère de prospérité islamique. Les arts, les sciences, la traduction, la litterature et l'architecture se développent. Contrairement aux Ommeyyages qui n'édifient que des édifices en pierre, les Abbassides introduisent la brique, dont nous pouvons voir l'exemple dans la ville de Raqqa. Les Abbassides bâtissent une grande ville nommée Rafqua, dotée de palais, de mosqées et de fortifications. Haron-al-Rashid la choisit comme capital à la fin du VIIIe siècle.
Au milieu du IXe siècle, avec le déclin de la puissance Abbasside, la Syrie est dominée successivement par les dynasties tulunide, ikhshidide, puis fatimide.
Dès la fin du XIe siècle, la Syrie est attachée aux Dynasties seljugi, zankide et ayyubide. Ces derniers unifient la Syrie et l'Egypte, Damas, Raqqa et d'autres villes syriennes retrouvent alors leur dynamisme et reprennent de grands travaux de construction: palais, écoles, mosquées, canaux, moulins, en privilégiant les citadelles comme celles de Damas et Alep et celles du finoral qui vont s'illustrer durant les croisades.
Au XIIIe siècle, les Mameluks apparaissent en Syrie. Ils unifient la Syrie, l'Égypte et le Hedjaz. Ils chassent les croisés et poursuivent la construction. Leurs édifices sont encore présents à Damas et à Alep : mosquées, écoles, hôpitaux, tekkies et hammams. De même, leurs verreries, céramiques et ouvrages religieux ont été préservés.
Au début du XVIe siècle, la Syrie est sous occupation ottomane. Il reste de cette époque des écoles, des palais (palais Azem à Damas) et des mosquées.