Histoire de la Syrie

Le Paléolithique. - Les plus anciennes traces d'une présence humaine, il y a quelque 800 000 ans, avaient été observées dans la vallée du Nahr el Kébir, mais la fouille du site de Nadaouiyeh a livré, tout recemment, en 1996, le pariétal gauche d'un Homo erectus qui gisait dans une couche datée de 450 000 ans. La découverte est d'autant plus importante que les traits morphologiques de ce fragment de crâne conduiraient, selon les paléontologues, à le dater d'1 200 000 ans. Quoi qu'il en soit, il s'agit du plus ancien vestige d'un Homo erectus sorti d'Afrique et vivant dans ce Proche-Orient qui joue déjà un rôle de pivot ou de point de rencontre entre l'Afrique - terre d'origine de l'homme - d'une part, et l'Asie et l'Europe d'autre part où les ont conduits les migrations : la Syrie était un point de passage obligé. Ces grandes découvertes donnent à la Syrie la place de premier plan, qui devait naturellement lui revenir du fait de sa position géographique, dans l'évolution du Paléolithique.

Le Néolithique. - Après la fin du Paléolithique supérieur, ou kébarien, la culture natoufienne (XVème-XIIIème millénaire) voit, avec les premiers villages, s'engager le processus de sédentarisation, qui aboutit à la fin du VIIème millénaire à la création de véritables villages d'agriculteurs. Les civilisations néolithiques en Syrie ont ouvert des voies nouvelles dans lesquelles s'inscrit le développement des populations sédentaires. En témoigne la découverte (par D. Stordeur en 1995-1996 à Jerf el Ahmar) sur l'Euphrate, dans un niveau du IXème millénaire, de galets décorés de motifs gravés animaliers (quadrupède, rapace, serpent) ou abstraits (cercle, triangle, pointe de flèche...). Des pictogrammes dans lesquels on peut reconnaître des symboles compréhensibles par des initiés ; on est encore bien loin de l'écriture, mais les bases d'une transmission matérielle de la pensée se mettent alors en place.

Le IVème millénaire, l'époque d'Uruk (les Sumériens). -

Le IIIème millénaire. - Pour la première moitié du IIIème millénaire (l'époque du milieu du Bronze ancien, c'est-à-dire de la fin des dynasties archaïques et de l'époque d'Agadé). Mari, située sur l'Euphrate, aux portes de la Mésopotamie, a développé une civilisation particulièrement brillante.- très à l'est ; à la suite de la découverte fortuite d'une grande statue de facture sumérienne, André Parrot engagea en décembre 1933, à proximité de la frontière irakienne, la fouille de Tell Hariri qui recouvrait les ruines de Mari, célèbre cité qui apparaissait dans les listes royales sumériennes [cf. Mari]. Mais la Syrie occidentale apparaît au même moment comme le siège du puissant royaume d'Ébla, qui ne le cédait en rien aux royaumes de Sumer et d'Akkad. Le palais d'Ébla, qui n'est encore que partiellement dégagé, avec son escalier et sa cour d'honneur, sa cour d'audience, l'emplacement du trône, ses réserves d'archives, est de toute évidence un centre de première importance. Si Ébla était alors assurément la plus grande cité syrienne d'alors, elle n'était pas la seule, le phénomène de l'urbanisation ayant affecté toute la région. Il semble donc que les Sumériens établis à Habuba à la fin du IVème millénaire ont lancé la Syrie sur la voie du développement économique en l'intégrant dans un système d'échanges complémentaires. La première moitié du IIIème millénaire avait sans doute été occupée à la maturation du milieu syrien et, lorsque les archives d'Ébla apparaissent, on peut penser que la Syrie a accompli sa mutation. Il faut insister sur le fait que ce développement a été sinon permis du moins grandement facilité par la présence de l'Euphrate : le fleuve est devenu l'artère vitale dans un système d'échanges qui était la base de la vie des royaumes du Proche-Orient. Dans ce contexte, Mari se comprend beaucoup mieux : en effet, la célèbre cité n'apparaît plus comme un point avancé de la civilisation sumérienne, sorte de bastion dont on ne saisissait pas très bien les conditions d'existence, mais comme une ville qui s'est établie sur un axe de passage reliant la Mésopotamie, Khabour et la Syrie occidentale afin de prélever des péages sur le transit des marchandises. La richesse et la puissance de Mari sont donc à la mesure de l'intensité des échanges qui passaient par son territoire.

Le IIème millénaire. - L'émergence d'Ébla scelle pour longtemps le destin de la Syrie. Avec au sud l'Égypte, à l'occasion expansionniste, au nord le pays anatolien, où se met en place la puissance hittite, à l'est la Mésopotamie toujours puissante, la région syrienne devient le champ clos des rivalités de ces puissances. La conjonction des diversités régionales et de l'ouverture sur la Méditerranée empêche la constitution d'ensembles homogènes et favorisent non seulement les entreprises politiques ou militaires extérieures, mais aussi la pénétration d'influences multiples. Alors qu'au IIIème millénaire incitation politique et expression artistique nous ramènent toujours vers la Mésopotamie, au IIème millénaire les influences sont nettement plus diversifiées. Aussi, les cités syriennes du IIème millénaire, continuellement soumises à des influences extérieures, atteignent un remarquable niveau de développement et de raffinement. La brillante civilisation du Bronze récent, dont rend compte une cité côtière comme Ugarit ou une ville neuve comme Emar, protégée par la citadelle d'Astata, pure création de la domination hittite, témoigne de l'un des sommets atteints par l'Antiquité proche-orientale. La civilisation du Bronze récent qui s'effondre peu après 1 200 est sans doute celle qui caractérise le mieux la Syrie, mais son originalité est trop souvent limitée ou masquée par les emprunts extérieurs.

Le Ier millénaire et les débuts du christianisme. - À la fin du IIème millénaire renaissent des cités et des royaumes qui seront de nouveau l'objet des ambitions de puissants voisins ; Alep, Damas et tant d'autres lutteront pour préserver leur indépendance ou entreront dans des alliances momentanées pour retarder l'échéance de l'assujettissement. Les grands empires assyrien, babylonien et perse dominèrent à tour de rôle la région ; ils n'empêchèrent pas une certaine originalité syrienne de se manifester, mais celle-ci a cependant eu beaucoup moins l'occasion de s'épanouir. Désormais, les influences dominantes ne proviennent plus de l'est ou simplement du Proche-Orient, mais bien de la Méditerranée. Avec Alexandre, puis avec l'époque greco-romaine, c'est l'Occident qui devient l'élément moteur. Ce retour de balancier opère une transformation en profondeur dans le pays syrien, et si l'Orient est toujours présent tant dans les formes de la politique que dans les réalisations urbaines, l'art trouve des maîtres dans l'hellénisme triomphant puis dans le modèle romain.- sites de la seconde moitié du Ier millénaire, Amrit (l'ancienne Marathos), Jeblé (l'ancienne Gabala) et, sur le versant montagneux, Hosn Soleiman (Baetocécé).

La Syrie avant la conquête arabe

Cette histoire est particulièrement complexe, parce que la Syrie, depuis la conquête séleucide, en 312 avant J.-C., jusqu'en 1920, a été une province de vastes empires : province dominante, cœur de l'empire, au temps des Séleucides et pendant la période omayyade, province vassale sous l'occupation byzantine et pendant les quatre siècles de domination ottomane. Mais il a presque toujours été possible de discerner cette région du monde au milieu des constructions politiques dont elle faisait partie. Les Cananéens autochtones et les Phéniciens qui (vers le milieu du IIème millénaire) s'étaient mêlés à eux le long des côtes, avaient, au cours des siècles, formé un peuple syro-phénicien ayant une langue et une civilisation propres, et se distinguant des peuples environnants, arabe, égyptien et anatolien. Divisée en petites principautés, soumise par intermittence à l'Égypte à partir du XIVe siècle, la Syrie fut le théâtre de la migration des Hébreux aux XVIIe et XVIe siècles, du débarquement des Philistins au XIIe siècle, des incursions de tribus anatoliennes, puis des invasions des Babyloniens, des Égyptiens, des Hittites, des Assyriens, des Perses et des Macédoniens. C'est en 312 avant J.-C. que Séleucos Ier Nicator (roi séleucide de -305 à -281), lieutenant d'Alexandre, fonda dans la vallée de l'Oronte un État ayant Antioche pour capitale, auquel il donna le nom de royaume de Syrie et qui s'étendit, par étapes successives, de la mer Égée à l'Inde. Pendant cette période s'infiltrèrent en Syrie des Arabes venus du sud de la péninsule arabique ; ils fondèrent des communautés à Émèse (Homs), Palmyre, Pétra, dans le Haourân et la Damascène. Ils adoptèrent la langue araméenne, et se convertirent plus tard au christianisme. Certains, tels les Ghassanides, jouèrent un rôle important dans l'histoire de la Syrie.- Apamée, la célèbre ville fondée à l'époque séleucide, mais dont les restes actuels sont plus tardifs, fut l'objet des soins d'une mission belge à partir de 1930.

La période romaine. - En 64 avant J.-C., le royaume séleucide s'effondra sous les coups des Romains qui formèrent la Provincia syria avec toutes les parties de la Syrie traditionnelle. Le pays connut alors une période de grande prospérité. D'après les auteurs anciens, sa population atteignit le chiffre de sept millions. La ville d'Antioche compta jusqu'à 300 000 habitants. Une renaissance araméenne se développa à partir des écoles d'Édesse (Urfa), Antioche, Héliopolis (Baalbek) et Palmyre se couvrirent de monuments grandioses. Les Syriens jouèrent un rôle important à Rome. " Voici que l'Oronte syrien s'est déversé dans le Tibre, apportant sa langue et ses mœurs ", écrivait Juvénal au Ier siècle. Les légions stationnées en Syrie portèrent sur le trône de Rome plusieurs empereurs syriens : ceux de la dynastie émésénienne (218-235), puis Philippe l'Arabe (244-249).

La période byzantine (395-634). - Le transfert de la capitale de l'Empire romain à Byzance (330), puis le partage en Empire d'Occident et en Empire d'Orient (395) - la Syrie fut rattachée à ce dernier - marquèrent le début de l'époque byzantine, moins libérale et brillante que ne l'avait été l'époque romaine. La fiscalité devint pesante, puis écrasante ; les caprices religieux des empereurs poussèrent les Syriens vers des schismes et des hérésies : nestorianisme, monophysisme, monothéisme. Pourtant, l'esprit d'entreprise des Syriens parvint à créer un commerce maritime florissant, tandis que la culture araméenne continuait à s'épanouir et qu'un art syrien original prenait naissance (caractérisé par la coupole architecturale, les mosaïques polychromes, les étoffes à " arabesques "). Au VIe siècle débutèrent les invasions perses qui aboutirent à une occupation de la Syrie et à la transformation de celle-ci - moins la Phénicie maritime - en satrapie perse, de 611 à 622. L'empereur Héraclius réussit à chasser les Perses et à recouvrer la Syrie, au prix de guerres qui laissèrent son armée épuisée. Aussi, lorsque les Arabes parurent aux frontières de la Syrie, ne se heurtèrent-ils pas à une forte opposition militaire et ne rencontrèrent-ils pas non plus de résistance de la part des Syriens.

La Syrie musulmane

Les premières incursions arabes en Syrie furent le fait de Bédouins pillards que le calife Abou Bakr, successeur de Mahomet, voyait sans déplaisir quitter l'Arabie. Mais après que ces bandes eurent défait les forces byzantines (Adjnadain, 634), le calife envoya des troupes pour conquérir la Syrie. Son armée rencontra celle de l'empereur Héraclius sur le Yarmouk, le 20 août 636, et l'écrasa. Cette victoire décida du sort du pays. Omar, successeur d'Abou Bakr, partagea la Syrie en cinq gouvernements militaires (Damas, Homs, Palestine, Jourdain et Syrie du Nord). Les habitants conservèrent leur langue, leurs tribunaux, leurs institutions municipales. Ils ne subirent pas de persécutions religieuses. Mais ils furent soumis à de lourds impôts (impôt foncier et capitation). L'occupation militaire arabe avait pour but principal l'exploitation des autochtones.

La période omayyade (dynastie des Omayyades (660-684) ; dynastie des Marwanides (684-750)). - Les choses changèrent avec le calife Mu'awiyya ben Abi Sofian l'un des conquérants de la Syrie et membre du clan illustre des Omayyades, qui avait arraché le pouvoir à Ali, cousin et gendre du prophète. Mu'awiyya déplaça le centre du califat de Kufa, en Iraq, à Damas. Il se fit élire roi à Jérusalem, pria au Calvaire et sur le tombeau de Marie, épousa une Syrienne et gouverna son empire en s'appuyant sur les Syriens. Il fonda la dynastie des Omayyades (660-684), à laquelle succéda la dynastie apparentée des Marwanides (684-750). Pendant cette période, l'empire arabe atteignit sa plus grande extension. Il fut divisé en neuf grandes provinces, et la province-capitale, celle de Syrie-Palestine, connut son plus brillant développement. La Syrie demeurait largement chrétienne, surtout dans les campagnes. Les conversions à l'islam n'étaient nombreuses que dans les villes, parmi les prisonniers de guerre, et chez les Arabes syriens. À la fin du premier siècle de l'hégire (vers 722), on évaluait la population à 4 millions d'habitants, et le nombre des musulmans à 200 000. La langue usuelle était le syriaque. La population était divisée en quatre classes : les musulmans d'origine ; les maula (convertis) ; les dhimmi, ou " gens du Livre ", chrétiens, juifs et sabéens, soumis aux impôts, mais conservant leur statut civil et leurs juridictions ; les esclaves, prisonniers de guerre ou victimes de rapts, qui faisaient l'objet d'un commerce prospère. Les Arabes avaient apporté à Damas la musique et la poésie. Les Syriens cultivaient les sciences, la philosophie, la médecine, les arts plastiques et leurs architectes édifièrent d'admirables monuments. Mais cet empire fut affaibli par les luttes contre les byzantins et finalement détruit par des dissensions internes. Contre Byzance, la guerre, qui ne cessa jamais tout à fait, fut marquée de quelques revers arabes : invasion des Mardaïtes anatoliens vers 687 ; échec de Soliman devant Constantinople en 717. Les guerres internes se présentèrent d'abord comme des séquelles de la querelle qui avait opposé Mu'awiyya à Ali. Le fils de ce dernier fut battu à Kerbela et périt dans la bataille. (Les musulmans shi'ites commémorent toujours ce deuil.) En 683, le Hidjaz se révolta à son tour. Les Médinois furent écrasés à al-Harrah, et la Kaaba incendiée au cours du siège de La Mecque. Mais c'est la rivalité entre Qaisites et Yéménites - rivalité qui se poursuivit pendant des siècles dans toute l'étendue de l'empire arabe - qui provoqua la chute des Omayyades. Les Yéménites étaient des Arabes du Sud entrés en Syrie avant l'hégire et lors de la conquête. Les Qaisites, originaires du centre de la péninsule, étaient arrivés plus tard. Les Yéménites formaient avec les chrétiens le peuple syro-arabe sur lequel s'étaient appuyés les califes omayyades, à l'exception des derniers. Ceux-ci abandonnèrent leur résidence de Damas, mécontentèrent les Yéménites, persécutèrent la secte musulmane libérale des Qadarites. Pour la première fois, les Syriens se révoltèrent. Le calife Marwan II réussit à étouffer la rébellion. Mais il acheva de se couper des Syriens en transportant son gouvernement en Irak. Et lorsque surgirent les Abbassides, il ne put leur opposer qu'une armée de Qaisites mésopotamiens, qui fut mise en déroute sur le fleuve Zab, en 750.

Les Abbassides (750 - 1258). - Les Abbassides - du nom de Abbas, oncle de Mahomet - étaient une secte dirigée par les descendants de Ali, et qui avait recruté la plupart de ses partisans chez les Khorassaniens, peuple guerrier du nord de l'Iran, converti à l'islam, mais traité avec arrogance par les Arabes. Après avoir battu et tué Marwan II, les Khorassaniens envahirent la Syrie, assassinèrent tous les Omayyades (sauf un, celui-là même qui fonda la dynastie omayyade d'Espagne), jetèrent leurs cadavres aux chiens, violèrent les sépultures des anciens califes, détruisirent leurs palais et se comportèrent dans le pays avec une sauvagerie qui provoqua un soulèvement général. Les Syriens, après des succès initiaux, furent battus. Leur pays devint une simple province, tenue par de fortes garnisons khorassaniennes et soumise à une dure occupation. C'en était fait de l'hégémonie de la Syrie, qui fut, à partir de ce moment, soumise à la tutelle plus ou moins pesante de peuples étrangers jusqu'à son accession à l'indépendance. Les trente-sept califes de la dynastie abbasside régnèrent théoriquement de 750 à 1258 sur un empire musulman dans lequel les Arabes ne formaient plus qu'un peuple parmi d'autres. Leur capitale fut Bagdad. La Syrie subit un changement profond sous le règne du calife al-Mutawakkel (847-861) dont les persécutions religieuses provoquèrent des conversions massives à l'islam. C'est alors que le pays cessa d'être majoritairement chrétien.

La période fatimide. - En 909, un Ismaïlien se disant descendant de Fatima, fille du Prophète (d'où le nom de sa dynastie : fatimide), avait fondé en Tunisie un califat shi'ite dissident. À la tête de troupes berbères, ses successeurs conquirent l'Égypte puis la Syrie (969). Toutefois, dans ce pays, leur autorité fut mal établie, et la réalité du pouvoir appartint à des clans bédouins. Cette anarchie fut mise à profit par les Seldjoukides, tribu turque au service des Abbassides qui envahirent la Syrie (1070), en chassèrent les Fatimides (exception faite de la bande côtière) et partagèrent le pays en deux sultanats établis l'un à Homs et l'autre à Antioche, après qu'il eut été repris aux Byzantins. C'est sous les murs de cette dernière ville que les croisés apparurent en 1098. Ils battirent les Seldjoukides, malgré les secours abbassides, prirent Jérusalem (1099), vainquirent les Fatimides et établirent dans l'ouest de la Syrie un royaume latin, fédération de quatre États féodaux (royaume de Jérusalem, comté d'Édesse, principauté d'Antioche et Cilicie, comté de Tripoli), qui atteignit sa plus grande extension en 1144 (Il allait alors de la Cilicie et du Tigre à la mer Rouge, limité à l'est par la vallée de l'Oronte, par l'Anti-Liban et par le Jourdain). Alep, Hama, Homs et Damas lui payaient tribut. Mais, à partir de cette date, la décadence fut rapide. L'émir de Mossoul, Noureddine, s'empara du comté d'Édesse. Quelques années plus tard apparut Saladin (Salah al-Din al-Ayyubi), Kurde qui avait obtenu le vizirat du dernier calife fatimide et régnait pratiquement sur l'Égypte. Il arracha la Syrie au fils de Noureddine et, après quelques démêlés avec la secte des Assassins, alors puissante en Syrie, il se retourna contre les Francs qu'il écrasa à Hattin en 1187. Trois mois plus tard, Jérusalem tomba. Maître absolu de l'Égypte après la mort du dernier calife fatimide, Saladin avait étendu son autorité de fait sur une grande partie du califat abbasside et fondé un sultanat ayyubide du Nil au Tigre. Ses héritiers se partagèrent le sultanat, deux de ses fils héritant de la Syrie centrale (Damas) et de la Syrie du Nord (Alep). En désaccord avec leur oncle, sultan d'Égypte, al-'Adil, ils s'allièrent contre lui avec les croisés. Mais l'armée confédérée syro-franque fut vaincue par al-'Adil, grâce au concours de 10 000 cavaliers recrutés à Khawarism, en Asie centrale, et la Syrie passa à nouveau sous le contrôle de l'Égypte.

Les Mamlouks (1250 - 1516). - En 1250, des mercenaires serviles, d'origine turque, s'emparèrent du pouvoir en Égypte. Ce fut le début du règne des Mamlouks qui, après avoir vaincu les Mongols entrés en Syrie, portèrent les derniers coups aux croisés. Ils prirent, l'une après l'autre, leurs citadelles côtières. La dernière, Saïda, succomba en 1291. Les sultans mamlouks gouvernèrent l'Égypte et sa colonie syrienne pendant deux siècles et demi. Cette période fut l'une des plus sombres de l'histoire syrienne.

La période ottomane (1515 - 1918). - En 1515, la Syrie fut envahie par une nouvelle armée, celle des Turcs ottomans qui venaient de détruire l'empire byzantin (prise de Constantinople, 1453). Les Ottomans rencontrèrent les Mamlouks au nord d'Alep (à Dabiq) et les battirent, en 1516. En 1517, ils conquirent l'Égypte et fondèrent un nouvel empire qui allait dominer tout l'Orient arabe pendant quatre siècles. La Syrie, province de cet empire, fut divisée en trois, puis quatre pachaliks : Damas, Tripoli, Alep puis Saïda. Elle ne fut pas plus heureuse sous le gouvernement des pachas turcs que sous celui des na'ib mamluk . Aussi instables que leurs prédécesseurs, ils se montrèrent également corrompus et se livrèrent aux mêmes exactions. En 1832, Méhémet-Ali, vice-roi d'Égypte qui avait réussi à se libérer complètement de la tutelle turque, envoyait son fils Ibrahim à la conquête de la Syrie. Non seulement Ibrahim battit les armées du sultan (Homs, Bailan, 1832), mais encore il les poursuivit jusqu'en Anatolie. Le sultan prit peur et signa un arrangement assurant à Méhémet-Ali la possession viagère de la Syrie et de la Cilicie. Ainsi, la Syrie se trouva à nouveau placée sous une domination égyptienne. Elle s'en trouva bien, au début. Méhémet-Ali supprima toute discrimination entre musulmans et chrétiens, réforma la police, surveilla l'impartialité des tribunaux, assura la sécurité. Malheureusement, ses besoins militaires l'amenèrent à instituer une fiscalité abusive et une conscription impopulaire. Des révoltes éclatèrent, le sultan jugea le moment venu de tenter une reconquête de la Syrie, et il envoya dans le pays une armée de 50 000 hommes ; Ibrahim la rencontra à Nizib, près d'Alep, et lui infligea une sanglante défaite (1839). L'Angleterre intervint alors ; l'instauration en Égypte d'un régime fort, soumis de plus à l'influence française (Méhémet-Ali était entouré de conseillers français), lui paraissait une menace contre la route terrestre des Indes. Elle réussit à gagner à sa cause l'Autriche, la Prusse et la Russie qui enjoignirent à Méhémet-Ali de restituer la Syrie à son suzerain ; devant son refus, une flotte alliée bombarda les ports du Levant, et débarqua des troupes à Saïda, Jbayl, Batrun et Acre ; en même temps, les Libanais se révoltaient, Ibrahim se préparait à contre-attaquer depuis Damas. Mais son père, peu soucieux d'entrer en conflit avec les trois quarts de l'Europe, lui ordonna d'évacuer le pays (1840). Ce nouvel épisode égyptien dans l'histoire syrienne n'avait duré que huit ans. La Turquie reprit le pays en main, supprimant même l'indépendance du Liban. Mais, après la guerre de Crimée, en 1855, les puissances européennes lui imposèrent un acte proclamant l'égalité de tous les citoyens de l'Empire, sans distinction de race ni de religion. Délivrés d'entraves séculaires, les chrétiens s'enrichirent. Les musulmans et les Druzes grondèrent. Attisé secrètement par les Turcs, leur mécontentement se transforma bientôt en explosion violente. Au mois de mai 1860, les Druzes du Liban passèrent à l'attaque des chrétiens ; du Liban, les troubles gagnèrent Damas où, du 9 au 12 juillet, les musulmans se livrèrent à un sanglant massacre. Les puissances européennes décidèrent d'intervenir et, en septembre 1860, un corps expéditionnaire français de 6 000 hommes débarqua à Beyrouth. En 1913, les tentatives d'assimilation des Jeunes-Turcs, qui exerçaient le pouvoir à Constantinople, provoquèrent dans le pays le réveil du nationalisme arabe (Congrès syrien de Paris, 1913), et se traduisirent par une résistance passive des Syriens qui refusèrent de participer aux élections législatives. Cette résistance provoqua une répression qui se fit brutale après l'entrée en guerre de la Turquie aux côtés de l'Allemagne. Djemal pacha, responsable militaire du pays, poursuivit durement les autonomistes, qui furent déportés ou pendus. Enfin, Le 20 septembre 1918, le général Allenby, à la tête d'un corps anglo-français, infligeait aux Turcs une défaite décisive à Sarona. En octobre, les Turcs évacuaient la Syrie, puis demandaient l'armistice. Avec cette evacuation prenait fin l'une des périodes les plus longues et les plus ternes de l'histoire proche-orientale.

L'époque des mandats Britannique et Français Faysal à Damas. - Les troupes d'Allenby avaient été soutenues par une armée bédouine que commandait le prince Faysal, fils du chérif de La Mecque. C'est cette armée qui avait pris Damas le 1er octobre. En mars 1920, Faysal, s'appuyant sur les promesses faites par les Anglais à son père d'un " grand royaume arabe " s'étendant à toutes les possessions arabes de l'Empire ottoman, réunit à Damas un congrès général syrien dont les membres, venus de toutes les parties de la Syrie traditionnelle - sauf du Liban, que les Français occupaient - proclamèrent " l'indépendance de la Syrie dans ses limites naturelles, y compris la Palestine ", et l'élirent roi. Mais, en même temps qu'elle promettait le grand royaume arabe au chérif de La Mecque, l'Angleterre concluait avec la France des accords répartissant ce même domaine en zones d'influence, la Syrie et le Liban constituant les zones françaises (accord Sykes-Picot de 1916). À la conférence de San Remo, en 1920, les pays arabes ex-ottomans étaient placés sous mandat français (Liban, Syrie) ou anglais (Irak, Transjordanie, Palestine).

Le mandat français. - Séparée d'un Liban élargi, la Syrie fut divisée en quatre États (Damas, Alep, territoire des Alawites, djebel Druze). En 1939, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, la France, pour des raisons de stratégie politique, céda à la Turquie le sandjaq d'Alexandrette. En juin 1941, les forces britanniques, auxquelles s'étaient jointes des Forces françaises libres, attaquèrent les troupes françaises de Syrie et du Liban (relevant du gouvernement de Vichy), qui capitulèrent après des combats meurtriers. Le général Catroux, commandant des Forces françaises libres du Levant, proclama, à la fin de 1941, l'indépendance de la Syrie et du Liban, sans rien changer, en fait, à l'administration française. Aussi, après l'élection en 1943 d'une chambre et d'un président (Choucri Kouatli), nationalistes, des troubles éclatèrent à Damas, en 1945. Les Français décidèrent alors de supprimer les derniers vestiges de l'administration mandataire, et ils évacuèrent complètement le pays en 1946.